La descente du ministre de l’Assainissement urbain, du Développement local et de l’Entretien routier, Juste-Désiré Mondélé, le premier samedi du mois de janvier s’est inscrite cette fois-ci dans une séquence politique et sociale sensible.
La participation citoyenne à l’assainissement urbain, rappelée par le président de la République lors du Conseil des ministres du 31 décembre 2025 et les inquiétudes suscitées par des rumeurs persistantes d’instauration d’une nouvelle taxe ont été au cœur des échanges.
Devant les commerçants et les acteurs locaux de différents marchés domaniaux de Brazzaville , le ministre a tenu à lever toute ambiguïté. « Il ne s’agit pas de créer des taxes », a-t-il martelé. Juste-Désiré Mondélé a précisé que le conseil des ministres n’a fait que constater une réalité déjà existante. L’assainissement urbain est partiellement financé par les usagers de manière informelle et peu structurée.
Dans les marchés domaniaux comme dans les quartiers, la collecte des ordures n’est pas gratuite. Des pousse-pousseurs assurent quotidiennement ce service contre rémunération, tandis que dans plusieurs marchés, une contribution d’environ 100 francs CFA est déjà exigée des vendeurs pour l’enlèvement des déchets. Malgré ces paiements, l’insalubrité persiste aux abords des marchés.
Le constat dressé par le gouvernement est sans appel. Les associations gestionnaires de marchés peinent à assurer le nettoyage interne et périphérique. Elles laissent aux opérateurs ou aux autorités locales la charge de rattraper les manquements. Cette situation alimente un sentiment d’inefficacité et d’injustice, tant chez les commerçants que chez les riverains.
A ce sujet, le ministre de l’assainissement urbain veut recentrer le débat. L’objectif n’est pas d’alourdir la pression fiscale, mais de structurer des contributions déjà existantes.
Pour le gouvernement, l’idée est d’organiser cette taxe, de la digitaliser pour qu’elle alimente une structure bien organisée. L’ambition de l’exécutif est double, garantir la traçabilité des fonds et permettre leur réaffectation directe à des actions d’assainissement menées par des entreprises locales, des associations de quartiers ou des coopératives spécialisées.
Sur le terrain, les échanges avec les commerçants ont révélé un malaise persistant. Nombre d’entre eux affirment s’acquitter régulièrement de taxes multiples, sans toujours en connaître l’origine exacte ni la justification. Les factures quotidiennes, parfois émises par différents intermédiaires, nourrissent la confusion et la méfiance.
Cette opacité fragilise l’adhésion des usagers à toute politique d’assainissement participatif. Sans clarification des circuits financiers et sans visibilité sur l’utilisation des fonds collectés, la participation citoyenne risque d’être perçue comme une contrainte supplémentaire plutôt qu’un effort collectif.
L’initiative gouvernementale révèle ainsi un enjeu central, celui de la confiance. L’assainissement urbain ne peut reposer durablement sur des injonctions ou des rappels à la responsabilité citoyenne sans un cadre clair, équitable et transparent.
La digitalisation des contributions, annoncée comme une piste prioritaire, pourrait constituer un levier important, à condition qu’elle s’accompagne de mécanismes de contrôle et de reddition des comptes.
La démarche du ministre Mondélé traduit une volonté de passer d’un système informel à une gouvernance locale de l’assainissement plus structurée. Il reste à savoir si cette réforme saura convaincre les usagers que leur contribution, loin d’être une nouvelle taxe déguisée, est un investissement visible et utile pour des villes plus propres et plus durables.
Par Orland Alain M’badinga.