Le gouvernement de la République du Congo est actuellement devant un dilemme entre exercice de communication et malaise social persistant. Le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, a récemment lancé la campagne baptisée ‘’ 30 jours pour convaincre en toute transparence ‘’. Cette initiative du coordonnateur de la GAE, Digne Elis Tsalissan Okombi, se veut un vaste exercice de reddition des comptes.

 Pendant un mois, ministres et dirigeants d’entreprises publiques sont appelés à se succéder devant la presse et l’opinion afin de présenter le bilan du quinquennat 2021-2026, expliquer les réformes engagées, justifier les actions non abouties et tracer des perspectives.

Sur le papier, l’initiative s’inscrit dans une logique de communication institutionnelle et de pédagogie gouvernementale. Dans les faits, elle soulève de nombreuses interrogations, tant sur sa finalité que sur sa portée réelle. Car, le choix même de l’intitulé interpelle.  Convaincre autour d’un bilan apparaît comme une confusion de fond.

« Un bilan, par essence, ne se défend pas par des discours. Il s’observe, s’analyse et s’évalue à l’aune des faits et des résultats concrets. On peut convaincre sur un projet ou une vision d’avenir, mais vouloir convaincre sur un état des lieux suggère déjà un malaise, voire la crainte que la réalité ne parle pas d’elle-même », a indiqué un observateur de la vie politique congolaise qui a requis l’anonymat.

 
Le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, intervenant devant les professionnels des médias.

Cette perception est largement partagée par une frange importante de la population. Pour de nombreux Congolais, le tableau présenté par le gouvernement contraste fortement avec le vécu quotidien. Chômage massif des jeunes, errance des diplômés, retards de salaires et de pensions, difficultés persistantes dans les secteurs de l’éducation et de la santé, pénuries d’eau et d’électricité dans plusieurs localités sont autant de réalités qui alimentent le scepticisme face à l’idée d’un bilan positif.

Dans ce contexte social tendu, la campagne apparaît moins comme un exercice de transparence que comme une tentative de réhabilitation de l’action gouvernementale. Pour les congolais, cette initiative est une opération de communication à forte connotation préélectorale, où les membres du gouvernement sont à la fois juges et parties. Ils s’expriment dans un cadre maîtrisé, sans véritable contradiction.

La question de l’inclusivité est également au cœur des critiques de cette initiative. Car, une démarche réellement transparente aurait pu associer les syndicats, les organisations de la société civile, les partis d’opposition ou encore les experts indépendants, afin de confronter les discours officiels aux réalités du terrain. Or, l’exercice tel qu’il est conçu donne l’image d’un monologue institutionnel, éloigné des attentes d’un peuple en quête d’écoute et de solutions concrètes.

Au-delà, les citoyens expriment moins un besoin d’explications que des attentes urgentes. L’accès à l’eau potable et à l’électricité, emplois décents, salaires payés à temps, soins de santé accessibles, justice équitable sont autant de réponses qui ne peuvent être apportées par des conférences ou des présentations chiffrées, mais par des actions visibles et mesurables.

En définitive, si la campagne ‘’ 30 jours pour convaincre en toute transparence ‘’ ambitionne de renforcer la crédibilité de l’action gouvernementale, la véritable transparence ne se proclame pas.

« La transparence se démontre par la capacité à reconnaître les insuffisances, à corriger les erreurs et à associer l’ensemble des forces vives de la nation à la construction de l’avenir », a déclaré un citoyen congolais qui a requis l’anonymat.

À l’heure où le pays fait face à de profonds défis sociaux et économiques, nombreux sont des congolais qui estiment que le Congo a besoin de plus qu’un mois de discours. Il a besoin d’un engagement sincère, d’une refondation en profondeur et d’une vision partagée, capable de réconcilier l’action publique avec les aspirations réelles de son peuple.

 Par Victor Tati