À l’école paramédicale de Loukabou, à Brazzaville, l’expression « tout travail mérite salaire » sonne comme une cruelle ironie. Les enseignants vacataires de cet établissement cumulent aujourd’hui 228 mois, soit 19 années, d’arriérés de salaire.
Cette situation alarmante plonge ces enseignants dans une précarité extrême et révèle les dysfonctionnements profonds du système de gestion du personnel au sein du ministère de l’Enseignement technique et professionnel.
Depuis plus d’une décennie, ces enseignants assurent pourtant des cours essentiels à la formation du personnel paramédical, un secteur stratégique pour le système de santé.
Malgré leur contribution régulière et indispensable, ils n’ont jamais perçu de rémunération à la hauteur de leur engagement, sinon qu’une prime de motivation aléatoire de 35.000 à 100.000 francs CFA, versée en dent de scie, à la rentrée ou à la fin de l’année. Ce problème a progressivement transformé la vacation en un véritable parcours du combattant.

Les élèves de l’école paramédicale de Loukabou en groupe dans l’enceinte de l’établissement..
Ces enseignants vacataires, sans contrat clair ni calendrier de paiement fiable et sans perspectives de régularisation, vivent dans une instabilité chronique. Ils sont souvent pris en charge par les apprenants qui font des collectes pour assurer leurs déplacements, sinon pour payer leurs frais de transport. Beaucoup cumulent actuellement d’autres activités pour survivre, au détriment parfois de leur santé et de la qualité de l’enseignement dispensé.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que ces impayés concernent un établissement de formation paramédicale, censé contribuer au renforcement du système de santé national. Comment garantir la qualité de la formation des futurs infirmiers et techniciens de santé lorsque ceux qui les forment vivent dans une insécurité sociale permanente ?
Pour les enseignants concernés, l’État, à travers le ministère de l’Enseignement technique et professionnel, apparaît comme le principal défaillant. L’absence de mécanisme efficace de suivi des vacations, la lenteur administrative et le manque de volonté politique sont régulièrement pointés du doigt.
Au fil des années, les démarches se sont multipliées : courriers, audiences sollicitées, promesses non tenues. Mais sur le terrain, rien ne change. Ce silence administratif, perçu comme un mépris, a fini par entamer profondément le moral des enseignants. Certains parlent d’humiliation, d’autres d’abandon pur et simple par les autorités de tutelle.
Cette situation pose également la question de l’attractivité du métier d’enseignant vacataire. Qui acceptera encore d’exercer dans ces conditions, sachant que la rémunération peut rester virtuelle pendant des années ?
Le cas de l’école paramédicale de Loukabou n’est pas isolé. Il reflète une problématique plus large au sein de l’enseignement technique et professionnel, où la précarisation des vacataires est devenue quasi structurelle. Le recours massif à ces enseignants, sans cadre juridique solide ni garantie salariale, permet certes de combler les déficits en personnel, mais au prix d’une profonde injustice sociale.
À la longue, cette situation menace la qualité de l’enseignement et la crédibilité même des institutions de formation.
Par Orland Alain M’badinga.