Un drame humain aux contours glaçants secoue plusieurs familles africaines et soulève de lourdes interrogations sur les méthodes de recrutement liées à la guerre en Ukraine. Des jeunes Africains, partis en Russie pour étudier ou chercher du travail, se retrouvent, parfois à leur insu, envoyés combattre sur la ligne de front. Le nombre de victimes est en constante augmentation.
Le jeudi 5 février, au Kenya, la famille de Charles Wetaka a organisé ses obsèques dans une atmosphère de douleur et d’incompréhension. Aucun corps, aucun cercueil, seulement le vide.
Ingénieur de formation, Charles avait quitté le Kenya pour la Russie avec l’espoir de trouver un emploi. Selon les témoignages de ses proches, il n’avait jamais été informé qu’il serait enrôlé dans l’armée russe.
Quelques jours seulement après son arrivée à Moscou, il a été envoyé sur le front ukrainien. Là-bas, il a trouvé la mort après avoir marché sur une mine. Ni l’armée russe ni les autorités russes n’avaient officiellement informé sa famille. Sa mère dit avoir appris la nouvelle sur les réseaux sociaux.
« En tant que mère, ce n’était pas facile. Je lui demandais : maintenant tu vas au front, que sais-tu de la guerre ? », confie-t-elle, la voix brisée. Selon elle, son fils l’appelait en larmes, implorant de rentrer au Kenya : « Maman, je veux rentrer. Ici, rien ne va ». Les démarches auprès des autorités n’ont rien donné.
Quelques temps après, la maman de Charles apprend sur les réseaux sociaux que son fils est mort sur le front ukrainien. « On m’a dit qu’il était impossible de récupérer le corps », explique-t-elle, soulignant l’importance de cette cérémonie symbolique pour entamer son deuil.

Les jeunes filles africaines enrôlées dans l’armée russe sur le front ukrainien avec un soldat russe.
Selon Vocal Africa, une ONG qui accompagne les familles concernées, près de 500 Kenyans ont déjà été envoyés sur le front ukrainien après leur arrivée en Russie, et d’autres sont sur le point de l’être.
L’organisation affirme que des agences de recrutement continuent d’opérer au Kenya, attirant de jeunes hommes avec des promesses d’emplois ou d’études, sans mention claire des risques militaires.
Au regard de cette situation, les familles et les ONG appellent le gouvernement kényan à intervenir de toute urgence pour rapatrier ceux qui sont encore en vie, exiger des explications diplomatiques et empêcher de nouveaux départs vers ce qui est décrit comme un engrenage mortel.
Ce drame révèle une réalité brutale. La guerre en Ukraine dépasse désormais les frontières européennes. Elle expose aussi la vulnérabilité de milliers de jeunes Africains confrontés au chômage, à la précarité et aux mirages de l’exil. Dans ce contexte, certains deviennent une main-d’œuvre militaire de substitution, silencieuse et invisible.
L’absence de communication officielle, la difficulté de rapatrier les corps et le recours présumé à des recrutements opaques interrogent sur les responsabilités étatiques et internationales.
Ce phénomène, confirmé à grande échelle, pose une question fondamentale de droits humains : peut-on, au nom de la guerre, transformer des migrants économiques en soldats malgré eux ?
Pendant ce temps, les familles pleurent, sans corps à enterrer, sans vérité officielle, et avec le sentiment amer que leurs enfants sont morts dans une guerre qui n’était pas la leur.
Par Den Elga.