L’artiste peintre muraliste et décorateur, Jacques Iloki, s’impose depuis 46 ans comme l’une des figures majeures de la scène artistique congolaise. Vice-président de l’Internationale des artistes pour le développement de l’École de peinture de Poto-Poto, il a produit des milliers d’œuvres qui ont traversé les frontières nationales.

À travers ses œuvres, Jacques Iloki contribue au rayonnement culturel du Congo. Aujourd’hui, en plus de la peinture, il se consacre désormais à la restauration de tableaux abîmés. Dans un entretien accordé à Datsoue News, l’artiste revient sur son parcours et sa passion pour la restauration des tableaux.

  Datsoue News (DN) :  M. Jacques Iloki, comment êtes-vous arrivé à la peinture ?

Jacques Iloki (JI) : Depuis l’enfance, j’aimais dessiner. Avec mon frère, nous gribouillions sur les murs et le sol. Nous observions un aîné qui réalisait des affiches de cinéma et nous l’imitions.  À 12 ans, nous avons reproduit à la gouache une œuvre du maître Marcel Gotène.

Plus tard, mon oncle Nicolas Ondongo, pionnier de l’école de Poto-Poto, a apprécié mon travail et m’a intégré à l’école en 1983. J’ai après obtenu une bourse pour la Russie où je me suis perfectionné avant de revenir transmettre mon savoir aux jeunes.

Les tableaux restaurés.

DN : D’où vous est venue l’idée de restaurer les tableaux ?

JI : À l’école, j’ai observé un ancien restaurer des toiles trouées et déchirées. Avec ma formation en Russie, j’ai commencé à collaborer avec lui. Petit à petit, la restauration est devenue un métier à part entière pour moi. Aujourd’hui, je travaille même sous contrat avec une galerie de la place.

DN : Quelles sont les étapes de la restauration d’une toile ?

JI : Tout commence d’abord par une photo des parties abîmées. Ensuite, viennent l’époussetage, le nettoyage, le marouflage (collage), le bourrage et la reconstitution picturale. Cela peut prendre deux semaines à un mois, car il faut attendre que la toile sèche correctement. Restaurer une œuvre est souvent plus difficile que peindre une nouvelle œuvre.

DN : Quelles sont les personnes qui sollicitent vos services ?

JI :  Aujourd’hui les collectionneurs, les artistes confirmés, les institutions et les amateurs d’art sollicitent nos services. Ce métier est pour les connaisseurs, ceux qui comprennent la valeur d’une œuvre d’art.

DN : La restauration fait- elle vivre son homme ?

JI :  Bon, on travaille au rythme du pays. Les négociations sont fréquentes et les paiements parfois difficiles. Pourtant, c’est un travail exigeant. Si cela permet de gérer le quotidien et d’assurer l’éducation des enfants, c’est déjà essentiel. Mais le métier reste confronté à des difficultés.

DN : Quelles difficultés rencontrez-vous ?

JI : Les difficultés sont multiples. Les retards de paiement sont fréquents. L’accès au matériel est aussi compliqué et coûteux depuis plusieurs années. Nous devons souvent nous débrouiller avec les moyens du bord.

DN :   Nous sommes à la fin de notre entretien, avez-vous un message particulier à l’endroit des congolais ?

JI : J’invite tous ceux qui ont des toiles déchirées ou moisies à les apporter à l’École de peinture de Poto-Poto. Nous les examinerons et les restaurerons à des prix accessibles.

Par son engagement, Jacques Iloki ne restaure pas seulement des tableaux.  Il préserve un pan entier du patrimoine artistique congolais.

Propos recueillis par Flore de Jésus Somboko.