L’espace civique en République du Congo reste fragile et largement défavorable à l’action des organisations citoyennes, malgré l’existence de cadres juridiques qui garantissent certaines libertés. C’est le constat du rapport national 2025 du système de l’Union Européenne pour l’environnement favorable de la société civile (EUSEE).
Ce rapport d’évaluation sur la protection de la société civile contre les restrictions et les menaces a été présenté, le 5 mars à Brazzaville, par le coordinateur national du consortium du projet EUSEE, Christian Mounzeo.
Lors de cette présentation, le coordinateur national de l’EUSEE a rappelé que ‘’ l’environnement favorable’’ renvoie à l’ensemble des lois, des règles et des attitudes sociales qui soutiennent et encouragent le travail de la société civile. Il permet aux organisations de participer à la vie publique, d’exprimer librement leurs opinions et d’agir dans des conditions sûres.
Dans ce contexte, l’État doit faire preuve d’ouverture, de transparence, de responsabilité et d’inclusion dans la prise de décision. Mais, l’évaluation réalisée en 2025 sur la situation du Congo montre que l’application concrète de ces principes reste limitée.

Les membres de la société civile et les professionnels des médias présents lors de la présentation du rapport.
Ainsi, le rapport attribue une note de 2,2 sur 5 au respect des libertés fondamentales. Cette note défavorable révèle des restrictions persistantes sur la liberté d’association, de réunion et d’expression. L’ordonnance du 23 octobre 1962 impose toujours une autorisation préalable pour les manifestations publiques. Elle limite l’exercice du droit de réunion.
Le document évoque également plusieurs cas d’atteintes aux libertés, dont l’arrestation des acteurs de la société civile tels que Castellin Balou, René Manaka lors d’une marche pacifique contre la pauvreté.
De même, le cadre juridique qui régit les organisations de la société civile est jugé imparfait. Il obtient une note 2,7 sur 5. Le rapport souligne que certaines ONG critiques de la gouvernance publique sont marginalisées ou assimilées à l’opposition.
Par ailleurs, le financement de ces ONG reste un défi majeur. Avec un score de 2,3 sur 5, les organisations congolaises dépendent beaucoup de fonds étrangers ou de partenaires au développement, faute de mécanismes nationaux de financement durable.
Le principe « État ouvert et réactif » est également jugé insuffisant. Il obtient une note de 2,7 sur 5. Le rapport déplore un dialogue rare et souvent formel entre le gouvernement et la société civile. L’accès à l’information publique reste difficile pour les organisations et les journalistes. Plusieurs organisations indépendantes se seraient même vu refuser l’accréditation pour observer certaines élections.
En outre, l’accès à un environnement numérique sécurisé obtient la note la plus faible. Il est évalué à 2 sur 5. Le rapport évoque la surveillance des communications en ligne et les risques d’arrestations liées aux activités sur les réseaux sociaux. L’interpellation de l’avocat Bob Kaben Massouka, pour son soutien à une marche pacifique, est citée comme exemple des pressions pesant sur les militants.
Les auteurs du rapport s’inquiètent également des coupures d’Internet observées lors des périodes électorales, qui pourraient se reproduire à l’approche de la présidentielle de 2026.
Au regard de ces constats, le rapport appelle les autorités à renforcer la protection des défenseurs des droits humains, à abolir l’autorisation préalable pour les manifestations pacifiques et à inclure davantage la société civile dans les processus de décision.
Il invite la communauté internationale, notamment le Programme des Nations unies pour le développement, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Union européenne, à soutenir ces réformes, à encourager le respect des exigences à l’inclusion et à la participation de la société civile dans les négociations avec le FMI et la Banque mondiale.
Pour les auteurs du rapport, l’amélioration de l’environnement de la société civile reste une condition essentielle au renforcement de la démocratie et de la participation citoyenne au Congo.
Par Orland Alain M’badinga.