Symbole historique de la création artistique en Afrique centrale, l’École de peinture de Poto-Poto, fondée en 1951 par Pierre Lods, traverse aujourd’hui une crise profonde. Malgré sa renommée internationale, cette institution emblématique de la République du Congo semble progressivement sombrer dans l’oubli.
À sa tête, Sylvestre Mangouandza, président de l’association des artistes peintres, oscille entre passion et désillusion. « Nous avançons malgré les difficultés », confie-t-il.
Pour le président, la peinture reste une source de subsistance et d’ouverture sur le monde. Les résidences artistiques, les voyages et les échanges internationaux témoignent encore du rayonnement de l’école de peinture de Poto -Poto en Europe et ailleurs. Mais sur le plan national, le constat est amer.
D’après Sylvestre Mangouandza, contrairement aux idées reçues, l’école ne repose pas sur un style unique. « Pierre Lods n’a jamais créé de style. L’identité s’est construite au fil du temps, portée par les artistes eux-mêmes », a-t-il insisté.
Si les célèbres « mikés » et les aplats de couleurs ont fait la réputation de l’école, la nouvelle génération revendique une évolution. Les techniques modernes, la peinture à l’huile, le travail au couteau et les jeux de contrastes marquent désormais les œuvres contemporaines.
De même, les artistes veulent raconter leur époque comme la violence urbaine, les enfants de la rue, les vendeurs ambulants ou encore la mémoire de la guerre du 5 juin 1997. « Nous ne devons pas peindre uniquement le beau, mais aussi le vécu », a-t-il martelé.
Malheureusement, cette production artistique, véritable mémoire visuelle du pays, échappe à la nation par l’absence d’une politique culturelle et de mécanisme de conservation. Ainsi, ces œuvres sont vendues à des collectionneurs privés.
« L’artiste doit vivre. Sans compensation financière, nous sommes obligés de vendre. Si l’État veut conserver les œuvres dans un musée, il doit les acheter », a -t-il expliqué.
Cette situation prive la République du Congo d’un patrimoine artistique essentiel à sa mémoire collective.
En dehors des difficultés économiques, l’absence de reconnaissance institutionnelle inquiète. Les artistes, regroupés en association, ne disposent d’aucun véritable statut.
Malgré des projets internationaux prometteurs, notamment à Venise et à Bordeaux, les opportunités se raréfient par le manque de soutien. « Nous sommes abandonnés », a lâché le président des artistes peintres, qui affirme avoir déjà interpellé les plus hautes autorités du pays.
Actuellement, l’École de peinture de Poto-Poto continue de produire les œuvres artistiques. Elle est portée par la détermination de ses artistes. Mais sans un engagement fort des pouvoirs publics, ce symbole de l’art congolais risque de s’effacer peu à peu. Derrière les toiles, c’est toute une mémoire nationale qui est en jeu.
Par Flore de Jésus Somboko.