Plus de 60 ans après sa création, le Musée national du Congo traverse une crise profonde qui menace directement la préservation du patrimoine culturel congolais. Son Directeur, Marcel Ipari, a dressé, dans un entretien avec le média en ligne Datsoue News, un constat sans appel.  Le musée ne remplit plus ses missions fondamentales de collecte, de conservation et de valorisation.

Cette infrastructure culturelle installée dans un ancien édifice qui date de la période coloniale, présente aujourd’hui un état de dégradation avancé, avec des murs fissurés, des fenêtres instables et des espaces exigus.  Ces conditions de travail ne permettent ni d’accueillir le public ni d’organiser des expositions. Son bâtiment, présentement suspendu dans le vide, reste délabré et dangereux.

« Nous sommes en danger permanent. Notre cadre de travail est devenu inadapté aux normes muséales », a alerté Marcel Ipari.

La situation est encore plus critique dans la réserve.  Les œuvres sont exposées aux insectes, aux rongeurs et même aux chats, par le manque de conditions de conservation adéquates. Cette situation provoque des dégâts irréversibles. Ainsi les objets en bois sont rongés, les céramiques brisées et les pièces patrimoniales dégradées. Une partie importante des collections est aujourd’hui perdue.  Sur un fonds initial estimé à 3 000 objets, moins de 2 500 pourraient être sauvés.

L’édifice abritant le musée national du Congo.

Après plus d’une décennie d’arrêt, les missions de collecte ont récemment repris dans les zones de la Cuvette-Ouest, le Kouilou et Pointe-Noire.  Elles ont permis de collecter des nouvelles acquisitions notamment les masques, les statuettes, les outils traditionnels et les objets de parure. A cet effet, ces efforts s’inscrivent dans la perspective d’un transfert des œuvres vers un nouveau site à M’Pila, où un bâtiment moderne existe déjà, mais reste inexploité depuis plus de cinq ans.

Par ailleurs, le musée national est confronté à plusieurs difficultés comme l’identification des œuvres. Certaines pièces ne sont ni datées ni correctement attribuées faute de documentation suffisante. Cette situation complique leur valorisation scientifique et culturelle. Malgré ces insuffisances, des recherches dans les registres pourraient permettre de reconstituer partiellement l’origine de certaines collections.

L’ambition du musée reste de représenter l’ensemble des cultures et groupes ethniques du Congo et les peuples autochtones. Mais au regard des défis actuels, cet objectif demeure encore lointain. De même, sans une intervention urgente des pouvoirs publics, sur le plan infrastructurel et technique, le risque est réel de voir disparaître une part essentielle de la mémoire culturelle congolaise.

Par Flore de Jésus Somboko.