Régine Goma,  représentante de la Plateforme Sous- régionale pour la protection sociale en Afrique centrale, figure engagée de la société civile au Congo apprécie  l’inauguration du Registre Social Unique (RSU). Elle a livré dans un entretien avec le média en ligne Datsoue News, une analyse sans détour. Entre fierté nationale, défis structurels et appel à la responsabilité collective, elle décrypte les enjeux d’un outil présenté comme déterminant pour l’inclusion sociale au Congo.

Datsoue News (DC): le Premier ministre a inauguré un édifice capital  pour la protection sociale des personnes vulnérables. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Régine Goma (RG) : C’est d’abord une grande fierté pour le Congo. Je m’exprime ici en tant que représentante sous régionale. Cette réalisation est le fruit des efforts engagés par le ministère des Affaires sociales.

Un forum consacré aux personnes vivant avec un handicap a été organisé, Il y a de cela  un an.  Aujourd’hui, nous assistons à l’inauguration d’un guichet unique du registre social. C’est un véritable motif de satisfaction.

C’est un bonheur pour notre pays, mais surtout pour les personnes vivant avec un handicap, qui bénéficieront désormais d’une meilleure prise en charge grâce à cet outil essentiel. Dans de nombreux pays, ces dispositifs existent déjà. Le Congo vient donc de franchir une étape importante. J’en suis profondément fière.

D.N: L’absence de statistiques fiables sur les personnes vivant avec un handicap est souvent évoquée. Cela ne constitue-t-il pas un risque pour ce projet ?

R.G: C’est effectivement un défi, mais aussi une opportunité. Cette difficulté pousse le gouvernement à mieux réfléchir à la manière de collecter et d’organiser les données.

Pour disposer d’indicateurs fiables, il faut une organisation efficace, mais aussi des acteurs engagés. Les parties prenantes, notamment la société civile, ont un rôle fondamental à jouer.

Nous devons nous structurer, produire des données, travailler en partenariat avec l’État. L’objectif aujourd’hui, c’est la transformation sociale. Et cela passe par une collaboration durable et dynamique.

D.N: Quel message adressez-vous aux gouvernants et aux personnes vivant avec  handicap ?

R.G: La charité bien ordonnée commence par soi-même. Les personnes vivant avec handicap doivent d’abord se reconnaître, s’accepter et se former.

Rester dans l’ombre, c’est prendre le risque d’être oublié. Or, les politiques avancent. Si vous ne vous impliquez pas, vous risquez d’arriver trop tard.

J’encourage donc ces personnes à s’engager activement, à participer aux programmes, particulièrement  ceux liés à la lutte contre la pauvreté et à la réduction de la vulnérabilité. Elles doivent être au cœur de la conception de ces politiques.

D.N : Le gouvernement est engagé dans l’action sociale. Que faut-il encore améliorer selon vous ?

R.G: Oui, il faut reconnaître les efforts de l’exécutif. Le bâtiment inauguré est une belle réalisation. Il est le  fruit d’un partenariat solide. Mais les véritables bénéficiaires, c’est la communauté.

On observe déjà des avancées par la création de centres dédiés, la mise à disposition de tricycles motorisés pour faciliter la mobilité des personnes vivant avec handicap.

Cependant, il faut aller encore plus loin, avec plus de force et surtout plus d’efficacité. Les transformations sont en marche, mais elles doivent s’intensifier.

D.N: Avez-vous une dernière préoccupation avant de conclure cet entretien ?

R.G: Nous sommes sur la bonne voie. Mais pour garantir une inclusion durable, chacun doit jouer sa partition, notamment le gouvernement, la société civile et les bénéficiaires eux-mêmes. Ensemble, nous pouvons bâtir une société plus juste, plus inclusive et tournée vers l’avenir.

Avec le Registre Social Unique, le Congo pose les bases d’une transformation sociale ambitieuse, où l’inclusion des personnes vivant avec un handicap devient une priorité nationale.

Propos recueillis par Orland Alain M’BADINGA.