Se loger décemment en République du Congo demeure un défi pour de nombreux ménages. Dans les principales agglomérations du pays, Brazzaville et Pointe-Noire, l’offre de logements accessibles ne  répond pas aux besoins des populations. Plusieurs familles se tournent vers l’auto-construction pour disposer d’un toit, faute de solutions adaptées.  À l’occasion de la journée mondiale des villes, Clémence Ditengo, Maitre de Conférences CAMES en Géographie Urbaine, appelle les pouvoirs publics à renforcer la politique du logement et à reprendre la maîtrise du foncier.

La pratique de l’auto – construction occupe désormais une place importante dans le développement de l’habitat urbain. Si elle permet à certains ménages d’accéder à la propriété, elle contribue également à l’extension des villes et à la multiplication des quartiers rarement aménagés.

Pour Clémence Ditengo, cette situation révèle les limites de la politique publique du logement et pose la question de la maîtrise de l’urbanisation. L’insuffisance de l’offre publique contraint ainsi les populations à rechercher des solutions pour accéder à la propriété.

« Aujourd’hui, les problèmes de logement se posent avec acuité dans les grandes villes du Congo. Or, dans les réalités sociales congolaises, posséder sa propre maison représente bien plus qu’un simple besoin d’habitation. C’est aussi un signe de stabilité et d’ascension sociale. Ainsi, certains ménages préfèrent acquérir une parcelle et construire progressivement, même avec des matériaux provisoires, plutôt que de rester locataires », a-t- elle indiqué.

Des familles, à Pointe-Noire, commencent par construire des habitations en planches ou en tôles pour matérialiser leur occupation du terrain. Ces constructions provisoires deviennent parfois des logements permanents, malgré les conditions de confort limitées.

Ainsi, cette situation traduit les difficultés des pouvoirs publics à répondre à une demande croissante en logements décents et financièrement accessibles.

Clémence Ditengo a aussi déploré la faiblesse des programmes de construction de logements planifiés par les pouvoirs publics. Elle a évoqué le modèle des habitations à loyer modéré (HLM), qui permet, dans certains pays, de faciliter l’accès des ménages à des logements décents et à des coûts maîtrisés.

Le déficit de logements dépasse ainsi la seule question de l’habitation. Il concerne également la disponibilité des terrains aménagés, l’accès aux routes, à l’assainissement, aux établissements scolaires et aux structures sanitaires.

Pour Clemence Ditengo, toute politique efficace du logement doit commencer par une meilleure maîtrise du foncier. Elle estime que l’État doit renforcer son contrôle sur les transactions foncières, en collaboration avec les propriétaires coutumiers et les administrations en charge des affaires foncières et de l’urbanisme.

Le Congo dispose pourtant de documents de planification urbaine, notamment les schémas directeurs d’aménagement urbain, dont le premier remonte à 1980. Ces instruments définissent bien les grandes orientations du développement des villes. Ils permettent d’anticiper les besoins en logements, routes, écoles, hôpitaux et autres infrastructures.

Cependant, leur mise en œuvre reste étroitement liée à la capacité de l’État à maîtriser le foncier et à mobiliser les ressources nécessaires.

Des quartiers en expansion, mais insuffisamment équipés

L’insuffisance de logements planifiés et la progression de l’auto-construction contribuent à l’expansion des quartiers périphériques de Brazzaville et de Pointe-Noire. Dans ces espaces, les populations sont parfois confrontées à un manque de routes, à l’éloignement des écoles et des centres de santé ainsi qu’à l’insuffisance des réseaux d’assainissement.

Clémence Ditengo attire aussi  l’attention sur les risques environnementaux liés à l’occupation désordonnée des espaces urbains.

« Dans certains secteurs de Makélékélé et de Ngamakosso, les constructions sur les flancs des collines exposent les habitations aux phénomènes d’érosion. La dégradation du couvert végétal et le ruissellement des eaux fragilisent les sols et menacent les habitations ainsi que les infrastructures », a-t-elle souligné.

Pour la géographe, les pouvoirs publics doivent privilégier l’anticipation et la prévention plutôt que d’intervenir après les catastrophes pour réparer les dégâts.

Devant les difficultés, la spécialiste en géographie urbaine  appelle à faire du logement une priorité de l’action publique. Elle préconise le développement de programmes de logements sociaux accessibles aux ménages modestes, la constitution de réserves foncières et l’aménagement préalable des espaces destinés à accueillir de nouvelles populations.

Clémence Ditengo insiste que construire des logements ne suffit pas. Il faut aussi garantir aux habitants l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux voies de circulation, aux écoles et aux structures sanitaires.

Par Orland Alain M’BADINGA.