Le traumatisme psychologique vécu par les sages-femmes confrontées à des décès maternels dans l’exercice de leur profession demeure une réalité peu évoquée en République du Congo. La psychologue clinicienne, Alida Inès Oket, a tiré la sonnette d’alarme lors la célébration de la Journée internationale de la sage-femme.

 Cette spécialiste de la santé mentale, engagée au sein du programme national de santé mentale, évolue actuellement dans le service de gynécologie- obstétrique. Elle a partagé, au cours de cette journée, son expérience aux sages-femmes.

« On accompagne une femme pour donner la vie, et elle meurt. Comment vit-on cela ? », s’interroge-t-elle. Cette question essentielle met en lumière la charge émotionnelle extrême à laquelle ces sages-femmes sont exposées, souvent dans le silence.

Selon Alida Inès Oket, les réactions varient d’une personne à une autre mais restent profondément marquantes. Le sentiment d’échec, de culpabilité, d’incompréhension demeure face à la perte, voire au découragement.

« Certaines sages-femmes se demandent : qu’ai-je mal fait,  Pourquoi je n’ai pas pu la sauver ? », explique-t-elle.

Les sages –femmes présentes à la commémoration.  

Ces situations, loin d’être isolées, laissent des séquelles durables. « Ces traumatismes sont parfois portés tout au long de la carrière, jusqu’à la retraite, sans accompagnement ni prise en charge », déplore la psychologue.

Devant ce choc immédiat, ces événements peuvent entraîner une perte de motivation, une détresse émotionnelle persistante et, dans certains cas, des troubles psychologiques plus profonds. Cependant, aucun dispositif structuré n’est mis en place pour soutenir ces sages-femmes.

Au regard de  ce constat, Alida Inès Oket plaide pour l’intégration urgente d’un accompagnement psychologique dans les services de maternité. « Il faut un dispositif pour accompagner aussi le personnel de santé, pas seulement les patientes », insiste-t-elle.

Elle a également souligné l’intérêt  d’un plaidoyer auprès des autorités sanitaires afin d’intégrer les psychologues dans les équipes médicales, dans un cadre institutionnel clair. « On ne peut pas intervenir sans cadre. Il faut une demande formelle et une organisation structurée », précise-t-elle.

Hormis les sages-femmes, l’accompagnement psychologique concerne aussi les patientes. De nombreuses femmes vivent la grossesse avec angoisse d’une  césarienne, souvent associée, dans certains contextes, à un risque de décès.

« Certaines développent des peurs dès la grossesse, voire avant même la conception, des cas de stress post-traumatique ou de troubles mentaux après l’accouchement, comme les psychoses puerpérales», explique-t-elle.

Pour Alida Inès Oket, la solution passe par une approche globale et collaborative entre les sages-femmes, les gynécologues, les psychologues et les autres professionnels de santé. Ils doivent travailler ensemble pour une prise en charge complète des femmes.

Cette souffrance invisible met en lumière une évidence souvent négligée. La psychologue rappelle que derrière chaque acte médical, il y a des humains, des soignants comme des patients, qui ont aussi besoin d’écoute, de soutien et d’accompagnement.

Par Orland Alain M’BADINGA.