La fracture entre les autorités congolaises et la presse nationale ne cesse de se creuser.  Les journalistes dénoncent, une nouvelle fois, le manque de considération accordé aux médias locaux par le pouvoir. Cette attitude traduit un profond mépris envers les journalistes congolais,  qui sont censés jouer un rôle essentiel dans la démocratie.

Les professionnels des médias dressent un  constat  sévère .  La presse congolaise n’est ni valorisée ni respectée par la classe politique dirigeante. Pis encore, elle serait perçue comme une simple caisse de résonance de la communication gouvernementale.

Certains observateurs de la presse nationale  rappellent même  que la plus haute autorité du pays a déjà qualifié les médias nationaux de « simples feuilles de chou ». Cette  formule est restée comme une humiliation pour toute la corporation.

L’exemple le plus frappant reste la première grande interview du quinquennat présidentiel accordée à Brut, un média en ligne français, au détriment des organes de presse congolais. Ce choix symbolique interroge. Même Télé Congo, pourtant réputée proche du pouvoir et alignée sur la communication officielle, n’a pas bénéficié de cette exclusivité.

Pour plusieurs analystes, ce geste révèle le peu de crédibilité, de  confiance accordé à la presse nationale par ses propres dirigeants. Ainsi, cette situation soulève une question fondamentale.  Comment construire une presse forte lorsque les institutions elles-mêmes refusent de la considérer comme un partenaire crédible du débat public ?

Par ailleurs,  les médias congolais évoluent dans une précarité chronique.  Ils sont fragilisés économiquement. Les faibles revenus publicitaires, l’absence de soutien structurel,  et des équipements insuffisants, ainsi que des conditions de travail difficiles empêchent de nombreux journalistes d’exercer leur métier d’une manière professionnelle. Cependant, cette réalité ne doit pas exonérer les professionnels des médias de leurs responsabilités.

Une journaliste qui a requis l’anonymat appelle ainsi les journalistes congolais à une prise de conscience collective. Pour elle, la presse doit pleinement assumer son rôle de quatrième pouvoir, pilier de la démocratie et de la bonne gouvernance. Cela passe davantage par la rigueur, le professionnalisme et surtout par le respect strict de l’éthique et de la déontologie.

Car le problème de la presse congolaise ne réside pas dans un manque de talents. Le pays regorge de journalistes compétents et engagés. Le véritable mal demeure l’absence de moyens financiers et l’extrême vulnérabilité sociale dans laquelle survivent plusieurs rédactions.

Devant cette marginalisation, une conviction s’impose.  La défense de la dignité du journalisme congolais doit d’abord venir des journalistes eux-mêmes. Ils doivent aujourd’hui refuser la compromission, préserver l’indépendance éditoriale et restaurer la crédibilité des médias.  Toutes ces actions constituent aujourd’hui des impératifs pour redonner à la presse congolaise la place qu’elle mérite dans la société.

Par Den Elga.