La première saison des Journées d’orientation des peuples autochtones (JOPA) affiche un bilan de 18 000 cas pris en charge, d’après le coordinateur adjoint de l’ONG Sans Frontières Globales Écolo, Joseph Nzake.
Plus de 30 000 personnes ont été consultées depuis le début de la caravane de soins et de promotion de la pharmacopée autochtone à Brazzaville. Cette incitative, organisée par l’ONG Sans Frontières Globales Écolo, se poursuit dans la ville capitale. Elle suscite un engouement auprès des populations qui continuent d’affluer le site dédié à l’activité, situé au jardin de la préfecture. A cet effet, elle a été a été prolongée jusqu’au 30 septembre afin de répondre à la forte demande des populations.
Le coordinateur adjoint de l’organisation de Globales Écolo évoque, dans un entretien avec le media en ligne Datsoue news, les raisons de ce prolongement, la réussite de cette initiative, ainsi que l’accompagnement des pouvoirs publics de cette dynamique.
Datsoue News(DN) : Après plusieurs jours d’activités à Brazzaville, quel bilan tirez-vous de cette première saison des JOPA ?
Joseph Nzake (JN) : Notre impression est celle d’un véritable succès. Nous ne pensions pas recevoir autant de monde. La population est venue massivement pour bénéficier des soins proposés par les détenteurs de savoirs issus de la pharmacopée autochtone.
Devant cet engouement, nous avons décidé de prolonger l’activité. Nous devions initialement travailler pendant dix jours, mais nous avons accepté de poursuivre jusqu’au 30 septembre, parce que la population a encore besoin de nos services.
Et, cette caravane ne doit pas s’arrêter à Brazzaville. Nous envisageons de poursuivre vers d’autres localités, notamment à Ngo, Mindouli, Dolisie et à Pointe-Noire, afin de mettre en réseau les différents détenteurs de savoirs traditionnels.

Le Coordinateur adjoint de l’ONG Sans Frontières Globales Écolo, Joseph Nzake.
DN : Avec cette forte affluence, combien de personnes avez-vous déjà prises en charge ?
JN : Actuellement, nous sommes à 18 000 cas effectivement traités et soignés. Plus de 30 000 personnes ont été consultées, mais je tiens à faire la distinction entre les personnes rencontrées et les cas réellement traités. Pour les 18 000 patients traités, nous disposons d’un fichier et des données qui permettent de documenter les personnes prises en charge et les problèmes de santé qu’elles ont déclarés.
Je préfère même rester prudent sur les chiffres et ne pas annoncer davantage que ce que nous pouvons vérifier. Les 18 000 cas traités sont vérifiables à travers nos différents enregistrements.
DN: Quelles sont les principales pathologies que vous rencontrez ?
JN : Beaucoup de cas liés à la faiblesse sexuelle, aux problèmes de nerf sciatique et des hémorroïdes. Nous avons reçu l’homme qui nous a donné la moto, a fait plus de 10 ans qu’il tripotait, palpait sa femme sans coucher avec elle. Excusez moi, je ne suis pas en train de dire des sottises.
Selon son témoignage, il a fait un le tour du monde. Il est allé en Chine, en Inde pour des soins ; mais il n’a pas pu avoir la guérison. Avec la caravane de santé, il est redevenu jeune, viril et puissant. Il a été traité avec les plantés naturelles. Pour vous dire que le congolais est capable d’apporter des soins à ceux qui en ont besoin. Nous avons également reçu de nombreuses femmes confrontées à des problèmes d’infertilité, surtout des cas de stérilité primaire et secondaire.
DN : Avez-vous également enregistré des témoignages concernant la fertilité féminine ?
JN: Oui. Nous avons reçu des femmes qui étaient mariées depuis plusieurs années sans avoir eu de grossesse. Certaines sont revenues nous annoncer qu’elles étaient enceintes après leur prise en charge.
Je me souviens du cas d’une femme mariée depuis 11 ans. Elle est venue dans notre espace et a suivi notre traitement. Elle est ensuite allée à l’hôpital où sa grossesse a été constatée.
Ces témoignages nous encouragent à poursuivre notre travail, même si nous estimons que les résultats médicaux doivent être vérifiés dans un cadre approprié.
DN: Après des soins, quel est l’objectif principal de cette initiative ?
JN : Notre objectif n’est pas simplement de dire que nous sommes de bons soignants. Nous voulons surtout contribuer à la valorisation des savoirs autochtones et à la mise en place, au Congo, d’une pharmacopée véritablement structurée et issue des savoirs autochtones.
La Likouala n’est qu’un échantillon. Il existe d’autres départements dans notre pays où les peuples autochtones disposent de connaissances importantes sur les plantes et leurs usages traditionnels.
Nous pensons donc qu’il serait utile de créer à Brazzaville un espace permanent qui permet aux peuples autochtones de présenter leurs savoirs et leurs produits.

Les patients récupérant leur traitement.
DN : Vous avez évoqué plus de 30 000 personnes rencontrées. Que représente une telle affluence pour vous ?
JN: Cela montre qu’il existe une réelle demande et d’énormes soucis de santé de la part des populations. Nous avons vu des personnes venir de différents horizons, avec des sondes, à la recherche de solutions à leurs problèmes de santé. Elles ont à la fin jeté leurs sondes.
Cette affluence montre également qu’il faut réfléchir à la manière de mieux organiser et encadrer les savoirs de la pharmacopée traditionnelle, afin qu’ils puissent être valorisés dans un cadre durable.
DN: Vous êtes venus d’Impfondo jusqu’à Brazzaville à pied. Pourquoi avoir choisi une telle démarche ?
JN: Nous venons d’un département très pauvre et enclavé. Dans certaines zones de la Likouala, les déplacements sont extrêmement difficiles. La question de la santé se pose également avec beaucoup d’acuité.
Nous avons connu une période où plusieurs ONG intervenaient dans la région et apportaient un soutien important aux populations. Avec la diminution de certains financements internationaux, beaucoup de ces interventions ont cessé et diminué.
À cette situation, les conséquences du changement climatique constituent aussi un véritable défi pour nous. Les pluies sont abondantes et certaines zones de la Likouala sont régulièrement confrontées aux inondations.
Nous avons donc choisi de venir à pied pour témoigner de cette réalité, mais aussi pour comprendre les difficultés rencontrées par les populations tout au long du parcours entre Impfondo et Brazzaville.
Cette caravane est aussi un rassemblement des peuples autochtones et bantous. Nous voulons montrer que les difficultés ne concernent pas uniquement la Likouala. Plusieurs localités du Congo connaissent également d’importants problèmes.
DN : Devant l’engouement constaté à Brazzaville, seriez-vous disposés à installer cette initiative dans la ville capitale ?
JN : Oui. Si, en étant de passage, nous avons pu traiter autant de personnes, pourquoi ne pas envisager une implantation durable si nous disposons d’un espace approprié. Nous pourrions créer un réseau avec les peuples autochtones d’autres départements afin de valoriser leurs connaissances et leurs produits.
Nous souhaitons également que les autres détenteurs de savoirs congolais puissent intégrer cet espace ; ceux qui travaillent dans les soins traditionnels. Il y a des congolais qui savent traiter certaines pathologies qu’il ne faut pas ignorer.
DN: Quel message adressez-vous aux pouvoirs publics à l’approche de la fin de cette première saison des JOPA ?
JN: Nous souhaitons que les autorités puissent accompagner cette dynamique. Nous sommes actuellement dans un espace public que nous avons transformé, temporairement, en village des peuples autochtones. Nous voulons montrer qu’il est possible de valoriser leurs savoirs, leur habitat et leur pharmacopée.
Le Congo dispose déjà d’un cadre juridique important en matière de protection des peuples autochtones, avec la loi du 25 février 2011 portant promotion et protection des droits des populations autochtones. Nous souhaitons donc que ces textes soient davantage connus et appliqués.
Notre ambition est de créer un espace permanent à Brazzaville où les peuples autochtones présenteront leurs savoirs et leurs produits, afin de contribuer à leur autonomie économique. Avec JOPA, nous voulons finalement contribuer à la création d’une pharmacopée autochtone mieux structurée et valorisée au Congo.
Propos recueillis par Orland Alain M’BADINGA.