L’humanité célèbre, ce 23 septembre 2026, la journée internationale de la langue des signes. Cette édition est placée sous le thème : « Affirmer les droits fondamentaux des personnes sourdes ». La commémoration de cette journée permet de montrer l’importance de la langue des signes afin de garantir l’égalité des chances. À cette occasion, le directeur de l’institut des jeunes sourds de Brazzaville, Christophe Davis Junior Mbani, a appelé, dans une interview avec le média en ligne Datsoue Nesw, les parents et l’ensemble de la société congolaise à s’impliquer davantage dans l’apprentissage et la promotion de la langue des signes.
Pour le responsable de l’Institut des jeunes sourds de Brazzaville, la langue des signes constitue un véritable outil d’inclusion et d’égalité des chances. Il déplore cependant sa faible valorisation au Congo et le manque d’implication de certains parents dans son apprentissage.
Dans cet entretien accordé à Datsoue News, Christophe Davis Junior Mbani évoque également les difficultés de l’Institut, notamment le manque d’enseignants, l’ouverture du lycée et les perspectives professionnelles offertes aux jeunes sourds.
Datsoue News (DN) : Que représente pour vous la célébration de la journée internationale des langues de signes ?
Fr Christophe Davis Junior Mbani (Fr CDJM) : Au niveau de l’institut comme au niveau international, nous savons que le 23 septembre est dédié à la journée internationale de la langue des signes, qui est une langue comme toute autre langue, comme le Français, le Lingala et le Munukutuba. Une langue que les personnes vivant avec un handicap de surdité utilisent pour se communiquer.
Au niveau de l’Institut de Jeunes Sourds, nous ne fêtons pas officiellement la journée, parce que l’école est fermée pendant cette période. Les enfants ne viennent qu’à partir du début octobre. Donc, ils n’ont pas cette chance de vivre cette journée festive avec nous, au niveau de l’administration. Nous reportons cette journée souvent au mois d’octobre, réservé à la date de la création de l’Institut des Jeunes Sourds. Nous profitons de cette date anniversaire du 3 octobre pour commémorer cette journée.
DN : Quelle est l’importance de cette journée pour vous ?
Fr CDJM : Cette journée est d’une grande importance pour nous parce qu’elle porte sur la sensibilisation d’une langue que tout le monde ne connaît pas. C’est seulement une minorité qui utilise cette langue, la langue des signes, notamment certains parents entendant et accompagnateurs. Mais, comme c’est une langue spéciale, nous devons la célébrer parce qu’il y a des gens qui utilisent cette langue pour communiquer.

Le directeur de l’institut des jeunes sourds de Brazzaville, Christophe Davis Junior Mbani ( Photo d’Archives)
DN : Cette langue est- elle valorisée au Congo ?
Fr CDJM : Malheureusement, non. La langue des signes n’est pas valorisée dans notre pays. Et, c’est cela le malheur. C’est pourquoi vous verrez que nos enfants vivant avec un handicap de surdité sont abandonnés à eux-mêmes. Depuis la maison, beaucoup de parents n’arrivent pas à communiquer avec eux. Ces parents ne veulent pas aussi apprendre la langue de signes. Pourtant, ici à l’Institut des Jeunes Sourds, nous donnons gratuitement cette formation aux parents. Mais, ils ne veulent même pas venir apprendre pour pouvoir communiquer avec leurs enfants, à plus forte raison, le Congolais lambda, c’est ce qui est déplorable.
DN : L’apprentissage de la langue des signes est-il difficile ?
Fr CDJM : C’est très facile pour apprendre cette langue. Elle s’apprend comme le chinois si vous voulez aller en Chine. Aujourd’hui, si je veux communiquer avec ces enfants vivant avec un handicap de surdité, je dois obligatoirement apprendre leur langue. Parce qu’ils n’auront pas la possibilité de parler comme je le fais. Mais au moins, j’ai cette possibilité de parler facilement ma langue. Pour communiquer avec ces personnes vivant avec un handicap de surdité, je dois aussi apprendre leur langue.
DN : quel est l’effectif des apprenants ?
Fr CDJM : Au niveau de l’institut, nous sommes à plus de 350 enfants, de la maternelle jusqu’au lycée, qui ouvrira ces portes cette année scolaire 2026-2027. Mais, nous n’avons pas un personnel disponible pour assurer les encadrements des enfants. Le personnel enseignant qui intervient à l’ l’école primaire, par exemple, est constitué que des volontaire et des bénévole. L’école se débrouille à trouver quelque chose pour assurer une prime forfaitaire aux enseignants qui acceptent de nous accompagner.
Donc, il n’y a pas de personnel. De ce côté, nous avons un grand problème. L’État ne veut pas faire face à ses engagements vis-à-vis de cette couche sociale ; alors qu’il y a une convention signée entre l’Eglise catholique et l’État congolais pour la prise en charge de ces enfants.
DN : Avec la création du lycée, comment allez-vous faire puisque vous évoquez le problème de manque d’enseignants ?
Fr CDJM : Pourquoi devrais-je laisser un enfant parce qu’il vit avec le handicap de surdité à un niveau bas, alors que c’est un Congolais comme tout autre ?Le droit de l’homme nous le dit qu’un enfant vivant avec la surdité a les mêmes droits qu’un enfant normal, un enfant entendant. Aujourd’hui, vous trouverez, à l’institut, le chef de travaux, est un sourd – muet. Mon chef de protocole est un sourd muet. Ce sont des fonctionnaires. Donc pourquoi avoir des fonctionnaires avec un niveau bas parce qu’ils sont sourds ?
Il nous faut encore élever leur niveau d’étude surtout avec l’arrivée de l’intelligence artificielle(IA). Avec l’IA, nous travaillons surtout pour les créations de postes communs. Par exemple, tout ce qui concerne Photoshop, la fabrication des cartes de visites, des designers. En menuiserie, par exemple, nous nous sommes dits, si l’enfant arrive à designer et à fabriquer avec l’aide de l’intelligence artificielle certains produits, c’est déjà une avancée. Il peut voir la maison, il fait la conception, et déterminer les meubles qu’il faut et les fabrique.
DN : Aussi, la langue des signes favorise t- elle l’intégration des enfants vivant avec handicap de surdité dans la société ?
Fr CDJM : Bien sûr, C’est même notre objectif de créer des classes inclusives. Mais, comme nous ne pouvons pas le faire à la maternelle et au collège, nous voulons actuellement, nous battre pour que les classes du lycée deviennent des classes inclusives. Nous mettrons des formations qu’on ne peut pas trouver dans d’autres écoles. Maintenant, nous allons sur la certification.
Un enfant sourd, à la fin, qu’il ait un Bac ou pas à la fin de son parcours scolaire, il aura une certification sur tel ou tel domaine. il peut travailler dans n’importe quelle entreprise, même en étant chez lui. C’est pourquoi nous avons introduit l’informatique depuis le collège.
DN : Pour terminer cet entretien, avez-vous une dernière préoccupation ?
Fr CDJM : C’est dire aux Congolais, les sourds n’ont pas besoin de notre pitié, mais ils revendiquent leur place dans la société congolaise, notamment leurs droits. Ils ont les mêmes droits que les autres enfants. Que chaque Congolais pense à ses enfants vivant avec un handicap de surdité. Car, la surdité n’est pas une limite, elle n’est pas une fin en soi. Et chacun de nous peut devenir sourd à n’importe quel moment. Que le vrai Congolais qui aime son pays pense à ses enfants.
Propos recueillis par Flore de Jésus Somboko.