Les représentants des travailleurs de la Société des postes et de l’épargne du Congo (SOPECO) ont interpellé, le 9 octobre 2026, les pouvoirs publics sur la gouvernance de l’entreprise, les arriérés de salaires et les dividendes attendus de la Banque postale.
Jean Jacques Mvila, secrétaire général du Syndicat général de la Poste (Le Postier) et Franck Charlie Siassia Mikouiza, secrétaire général de la Confédération des travailleurs du secteur de la poste(FESYPOSTEL), section Sopeco, ont aussi plaidé pour une modernisation du secteur afin de restaurer la confiance des usagers et de préparer l’avenir de la poste congolaise.
Selon les représentants de l’intersyndical, la situation sociale et financière de la SOPECO reste préoccupante. Ils ont , dans un entretien accordé à Datsoue News, à l’occasion de la Journée mondiale de la poste, célébrée le 9 octobre, formulé plusieurs revendications, qui appellent les autorités à engager des réformes pour assurer le redressement de l’entreprise et améliorer les conditions de travail du personnel. Malgré les difficultés, ils restent convaincus que la poste congolaise peut retrouver sa place à l’ère du numérique.
Datsoue News: Qu’attendez-vous aujourd’hui de la direction de la SOPECO et des pouvoirs publics pour améliorer la situation de l’entreprise et celle de ses travailleurs ?
Franck Charlie Siassia Mikouiza (FCSM) : Nous attendons avant tout un changement de management à la tête de la SOPECO. Depuis huit ans, nous estimons que la gestion actuelle n’a pas apporté les résultats attendus. Les projets engagés sont restés sans aboutissement satisfaisant. C’est pourquoi nous lançons un appel au Chef de l’État, qui détient le pouvoir de nomination, afin qu’il examine notre doléance et prenne les mesures nécessaires pour insuffler une nouvelle dynamique à l’entreprise.
La SOPECO dispose pourtant d’un potentiel important et d’un patrimoine qui mérite d’être valorisé. Nous saluons le changement intervenu à la tête de notre ministère de tutelle, mais nous souhaitons que cette dynamique se poursuive au niveau de la direction générale.
Nous demandons également aux pouvoirs publics d’intervenir sur la question des dividendes dus à la SOPECO par la Banque postale du Congo. Notre société détient, selon nos informations, 20 % du capital de cette banque. Or, depuis sa création, nous croyons que les dividendes qui nous reviennent ne nous sont pas reversés. Au regard du capital de la banque, que nous évaluons à plus de dix milliards de francs CFA. Les sommes en jeu sont considérables. Nous souhaitons donc que la situation soit clarifiée et que les droits de la SOPECO soient respectés.
Enfin, nous réclamons le retour du poste de secrétaire général de la Banque postale à un cadre de la SOPECO, conformément aux accords de principe établis entre les deux institutions. Nous invitons également notre ministre de tutelle à examiner cette revendication et à prendre les dispositions appropriées.

Les membres de l’Intersyndical SOPECO.
DN: Quel message adressez-vous aux travailleurs du secteur postal à l’occasion de cette Journée mondiale de la poste ?
FCSM : Je souhaite d’abord une excellente fête à tous les travailleurs de la poste. Le 9 octobre est notre journée ; nous devons la célébrer avec fierté, malgré les difficultés que nous traversons. J’encourage mes collègues à ne pas céder au découragement et à garder espoir, car nous percevons des signes d’amélioration.
J’invite également les usagers à renouveler leur confiance à la poste congolaise. Nous savons que cette confiance a été fragilisée par les difficultés rencontrées par notre entreprise. Cependant, nous pensons que la nouvelle orientation impulsée par le ministre Frédéric Nze peut contribuer à redresser la situation.
Nous demandons donc aux pouvoirs publics d’accompagner cette dynamique, afin que la poste retrouve ses valeurs, améliore ses services et réponde de nouveau aux attentes de la population..
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DN: Quelle est votre principale priorité pour l’avenir de la poste ?
FCSM : La question salariale demeure notre principale préoccupation. Depuis 2025, selon nos constats, certains agents ont perçu des salaires réduits de moitié, la direction générale justifie cette mesure par le nombre de jours de travail.
Nous contestons cette pratique, car nous pensons qu’elle ne respecte pas les dispositions de notre convention collective et les règles applicables. Le salaire a un caractère alimentaire. il permet au travailleur de subvenir aux besoins de sa famille. Comment peut-on demander à un agent de continuer à travailler normalement alors qu’il accumule plus de 45 mois d’arriérés de salaires ?
Nous avons saisi l’Inspection générale du travail, qui nous a donné raison. Nous avons également écrit au Sénat et à la Primature pour solliciter leur intervention auprès de la direction générale, afin que les salaires dus soient payés dans les meilleurs délais.
Nous saluons par ailleurs les efforts de notre ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Economie numérique, Frédéric Nze. Lors de son passage au Sénat, il avait évoqué une stratégie visant à assurer six mois consécutifs de paiement des salaires. Depuis juin, nous avons constaté le paiement des salaires de juin, juillet et août. Nous attendons désormais celui de septembre. Nous espérons que cet effort se poursuivra jusqu’à la régularisation complète de la situation.
DN: Quelle différence faites-vous entre le ministre entrant et son prédécesseur dans la gestion de la question salariale ?
FCSM : Oui, nous constatons une évolution encourageante. Nous tenons à saluer l’engagement du ministre Frédéric Nze, qui semble accorder une attention particulière à la situation des travailleurs. Même s’il n’est pas le directeur général de la SOPECO, son implication dans la recherche de solutions nous paraît importante.
Les paiements intervenus depuis juin constituent, à nos yeux, un signe positif. Nous souhaitons que cette dynamique se poursuive et que les engagements pris se traduisent durablement par une amélioration des conditions de vie des agents. Notre attente reste simple. Chaque travailleur doit percevoir régulièrement l’intégralité de son salaire.
DN: La poste a-t-elle encore un avenir au Congo dans un monde de plus en plus numérique ?
FCSM : Oui. Nous croyons que la poste congolaise peut encore jouer un rôle important, à condition de se réinventer et de s’adapter aux évolutions technologiques. Dès 2022, le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso , avait donné des orientations visant à redimensionner la poste congolaise afin de lui permettre de retrouver un niveau comparable à celui d’autres opérateurs postaux africains. Nous pensons que cet objectif reste réalisable.
Nous savons que le nouveau ministre dispose d’un atout important, notamment sa connaissance du domaine et sa volonté affichée de promouvoir la digitalisation. La transformation numérique peut offrir de nouvelles perspectives à la SOPECO, en matière de modernisation des services, de diversification des activités et d’amélioration de la qualité des prestations.
Nous sommes donc convaincus qu’avec une gouvernance adaptée, un accompagnement conséquent des pouvoirs publics et une meilleure prise en compte des préoccupations des travailleurs, la poste congolaise peut redorer son blason et retrouver sa place parmi les opérateurs postaux africains, voire internationaux.
DN : Quel dernier message souhaitez-vous adresser aux décideurs et aux usagers ?
FCSM : Aux décideurs, nous demandons de prendre au sérieux les difficultés de la SOPECO, de garantir le paiement régulier des salaires, de clarifier les questions financières liées à la Banque postale et d’examiner notre demande de changement de management. Nous souhaitons que des décisions concrètes soient prises pour préserver cette entreprise et assurer son avenir.
Aux usagers, nous demandons de ne pas abandonner la poste congolaise. Nous reconnaissons les insuffisances qui ont pu entamer leur confiance, mais nous croyons qu’un redressement est possible.
La SOPECO possède des atouts. Il faut désormais une vision claire, une gestion efficace, des investissements adaptés et des travailleurs motivés. C’est à ces conditions que la poste pourra retrouver sa crédibilité et jouer pleinement son rôle dans le développement du Congo.
Propos recueillis par Orland Alain M’BADINGA.