La Congolaise Industrielle de Bois (CIB) plaide désormais pour une gouvernance encourageante et appropriée au secteur forestier. Car, l’exploitation forestière engage beaucoup de coûts qui affectent la production et les performances des sociétés du bois. Son consultant en relations publiques, l’ingénieur forestier, Achille Tsieta, a clarifié, dans une interview réalisée avec le média en ligne Datsoue News, la situation.  Il a en outre appelé les pouvoirs publics à définir une parafiscalité pour réduire le coût de production afin que le bois soit accessible sur le marché congolais.

Datsoue News (DN) : La Congolaise Industrielle de Bois (CIB) est une vieille entreprise d’exploitation forestière au Congo. Aujourd’hui, elle peine à s’afficher sur le marché. Comment expliquez-vous cette situation ?

Achille Tsieta (AT) : Actuellement, la CIB est arrivée à un niveau plus avancé de transformation de son produit. Elle a mis en place des unités de transformation de troisième génération notamment, de la mêlée collée et les aboutages mais, l’absence de marché fait défaut. Cette situation nous pose d’énormes problèmes de surstockage de production qu’on n’arrive pas à écouler.  Vous êtes aussi sans savoir que l’exploitation forestière est tributaire du marché. Le marché intérieur bois est faible au Congo. Or, nous sommes une entreprise certifiée. Le coût de la certification ne nous permet pas aujourd’hui de rendre nos produits compétitifs sur le marché local. Nous sommes également confrontés à l’exploitation illégale du bois qui freine ce secteur.

 DN : Vous parlez de faible niveau du marché intérieur bois congolais, les prix de vos produits sont -ils accessibles aux citoyens lambdas ?

AT : c’est tout le problème. Il faut l’avouer que le produit certifié a un coût qui est différent du bois abattu illégalement. Vous avez le marché important des cercueils à Brazzaville mais, ce marché n’est pas alimenté par des entreprises industrielles. Il est ravitaillé par le bois illégal. Cela affecte le marché. De même, la CIB produit des mobiliers qui rivalisent les meubles chinois que vous commandez mais, c’est réserver à une classe donnée. C’est vrai qu’en parlant d’une maison ou d’un meuble, ce n’est pas le ménage moyen qui peut s’acheter un meuble à la CIB.

Je constate aussi que nous n’avons pas une politique de protection de l’économie.  Vous avez des édifices ministériels, des hôtels sur place, mais quels types de meubles utilisent- ils dans leurs structures. Ce sont des meubles exotiques commandés en France, en Chine et à ailleurs. La durabilité de ces meubles importés n’est pas prouvée. Or, nous avons de l’immobilier fait avec du bois massif, de bonne durabilité avérée, mais que les gens ne consomment pas. Elles s’intéressent plus à aller acheter les meubles importés qui coûtent excessivement chers dans les magasins de la place.

Modèle des meubles de la CIB.

Nous avons organisé un salon des métiers du bois à Brazzaville. Vous avez vu les expositions que nous avons faites. On a exposé les cases, les meubles, des objets de cuisine, des portes, mais combien de commandes avons-nous reçues pour que ces objets puissent alimenter le marché local ?

Or, avec notre bois de qualité, comme le wengué, le sapeli, l’iroko, l’ébène, l’azobé, nous produisons de bons meubles. Mais, hélas combien de personnes s’intéressent à nos produits ! C’est pourquoi, nous sollicitons de la part de l’État de prendre une recommandation privilégiant la consommation locale. Ainsi, les patrons et les responsables d’immobiliers qui sont au Congo puissent s’acquérir des meubles fabriquer localement.

DN : Vous dites que ce n’est pas un congolais moyen qui peut s’acheter un meuble fabriquer par la CIB, n’est-il pas possible de revoir votre politique de management ?

AT : C’est vrai, nous pouvons revoir notre politique. Je vais vous prendre un exemple.  Nous sommes arrivés, au Congo, à acheter un sac de ciment à 12.000 f CFA.  Les gens n’ont-elles pas construit et comment le sac est -il revenu aujourd’hui à 4.500 f CFA ?  Pour résoudre ce problème, l’État avait pris ses responsabilités. Présentement, nous avons du bois pour lequel nous n’avons pas de marché à l’exportation que nous pouvons mettre sur le marché local, mais on ne peut pas le faire parce qu’il n’y a pas une parafiscalité.  Si l’État peut nous définir une parafiscalité de façon à créer un coût, à réduire le coût de production pour que ce bois soit prenable sur le marché, cela va nous avantager. S’il n’y a pas ces mesures, il sera très difficile pour les entreprises d’aller vers la légalité du bois que l’État nous demande.

 A ce jour, le bois légal coûte cher sur le marché local. Le coût de production est très élevé. Il faut payer toutes les taxes. Le bois illégal est soustrait des taxes. Donc, celui qui n’a pas payé les taxes vient vendre à prix faible par rapport à celui qui s’est acquitté de ses taxes.  Si, le gouvernement peut résoudre le problème de l’exploitation illégale au niveau local, il rendra les entreprises forestières plus compétitives. En ce moment-là, c’est le facteur qualité qui va déterminer le prix du bois ou des meubles sur le marché. Sinon, c’est le facteur de l’illégalité qui détermine le prix du marché, parce que le produit acquis illégalement coûte moins cher par rapport aux produits obtenu légalement.

DN : Pour terminer, quel message adressez-vous auprès des pouvoirs publics au regard de tout ce que vous venez d’évoquer ?

AT : Le message que j’adresse aux pouvoirs publics, c’est de nous rendre la loi flexible. Il faut une gouvernance appropriée au secteur forestier. Car, l’exploitation forestière engage beaucoup de coûts directs et indirects. Tout cela affecte le coût de revient de notre production. Donc, il faudrait que l’État puisse définir ou créer une fiscalité appropriée encourageante au niveau du secteur forestier.  En plus, il faut encourager les entreprises qui ont intégré le standard de légalité poussée comme les entreprises certifiées (EFC). Car, la certification a entraîné un coût dans la production forestière.

En outre, il faut que les populations arrivent à consommer congolais. Tout n’est pas cher.  Même, la maison pour la construire, il faut vraiment des moyens, du temps et des économies. Et, en faisant des économies d’échelle, on peut également arriver à payer ce que nous pouvons obtenir auprès d’une entreprise, que d’avoir le bien à un prix illégal.

Donc, l’État doit nous encourager pour amener les autres forestiers à arriver au moins à aménager rien que les espaces forestiers parce qu’il y a des entreprises qui exploitent la forêt sans pour autant connaître la potentialité mobilisable à court et long terme. Or, cela est un manque à gagner pour la Nation Congolaise. Si, l’État peut nous accompagner par des mesures de fiscalité appropriée avec des conventions d’établissement très souples, je pense bien que le problème du marché intérieur pourra trouver sa place.

 Propos recueillis par Orland Alain.