La publication du nouveau gouvernement par le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, sur proposition du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, se voulait un signal fort de relance et d’efficacité. Mais derrière l’ambition affichée, cette décision de création d’un poste de Vice- Premier ministre, confié à Jean-Jacques Bouya, suscite déjà des interrogations et des critiques.
La Constitution de la République du Congo ne prévoit pas explicitement l’existence d’un poste de Vice -Premier ministre. L’architecture institutionnelle repose sur un exécutif structuré autour du Président de la République et du gouvernement dirigé par un Premier ministre, sans mention d’un échelon intermédiaire.
Dans ce contexte, la nomination de Jean-Jacques Bouya à cette fonction interroge sur sa base juridique réelle. S’agit-il d’un simple titre honorifique destiné à renforcer le poids politique de l’intéressé, ou d’une évolution implicite des pratiques institutionnelles ? L’absence de clarification officielle alimente d’ores – et -déjà le flou.
Cette décision pose également la question de l’équilibre interne du gouvernement. En confiant à une seule personnalité la coordination, les infrastructures, l’aménagement du territoire et le développement, l’exécutif concentre des leviers stratégiques importants entre les mêmes mains.
« Ce choix pourrait fragiliser la collégialité gouvernementale, au profit d’une verticalité accrue du pouvoir », a précisé un observateur politique congolais qui a requis l’anonymat.
D’autres figures clés, comme Pierre Oba ou Alphonse-Claude Nsilou, se retrouvent de facto reléguées à un second plan dans la hiérarchie implicite du gouvernement.
Ainsi, plusieurs observateurs y voient une pratique politique davantage qu’une réforme institutionnelle assumée. En l’absence de révision constitutionnelle ou de texte organique qui encadre cette fonction, la création du poste de Vice -Premier ministre pourrait apparaître comme une entorse aux principes de l’État de droit.
« Ce type de nomination, déjà observé dans certains régimes, repose souvent sur des considérations d’équilibre politique ou de fidélité au pouvoir, plutôt que sur une nécessité institutionnelle clairement définie », a-t-il poursuivi.
Alors que le nouveau gouvernement Makosso affiche une volonté de rigueur, de réforme et de modernisation, cette controverse pourrait fragiliser sa crédibilité dès son entrée en fonction. A ce sujet, la question du respect des normes constitutionnelles demeure centrale dans un contexte où la gouvernance et la transparence sont régulièrement mises en avant par les autorités.
Si l’exécutif souhaite convaincre de son engagement en faveur de l’État de droit, il lui faudra rapidement clarifier le statut, les prérogatives et la légitimité de ce poste inédit.
En attendant, cette nomination ouvre un débat de fond. Peut-on réformer l’action publique sans respecter strictement le cadre constitutionnel existant ? Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse désormais la simple efficacité politique. Il touche à la cohérence même des institutions.
Par Den Elga.