Le phénomène des « notes sexuellement transmissibles », autrement dit les violences et harcèlements sexuels à des fins de faveurs académiques (VHSFA), continue de susciter de vives inquiétudes dans les universités d’Afrique centrale.
Dans un entretien avec le média en ligne Datsoue News, réalisé, le 11 mai à Brazzaville, le Dr Apollos Derguedbé Nebardoum, conseiller du directeur général du Centre inter-États d’enseignement supérieur en santé publique d’Afrique centrale (CIESPAC), s’est exprimé sur cette problématique sensible. Il appelle à une prise de conscience collective et à des sanctions fermes contre les auteurs de ces pratiques.
Médecin de santé publique, enseignant-chercheur et spécialiste qui a travaillé dans plusieurs pays africains ainsi qu’en Europe, en Haïti, au Canada et aux États-Unis, le Dr Nebardoum précise que ce phénomène reste largement tabou malgré son ampleur présumée.
Selon le Dr Apollos Derguedbé, le projet autour du livre intitulé « Les notes sexuellement transmissibles », initié par le professeur Pierre-Marie Tebeu, directeur général du CIESPAC, vise précisément à documenter et dénoncer ces abus souvent passés sous silence dans les établissements universitaires de la sous-région CEMAC.
« On sait que cela existe, mais nous n’avons pas encore de données scientifiques suffisamment solides pour mesurer l’ampleur réelle du phénomène », a-t-il expliqué.
Le spécialiste décrit un système fondé sur un rapport de domination entre certains enseignants et des étudiantes en situation de vulnérabilité. Pour le médecin chercheur, il s’agit d’une ‘’ attitude de prédation ‘’ où l’autorité académique est utilisée pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de bonnes notes, de soutenances facilitées ou d’avantages universitaires.
Le Dr Nebardoum a également souligné les lourdes conséquences psychologiques pour les victimes marquées par la peur, la honte, la perte d’estime de soi, l’anxiété, la dépression ou encore l’isolement social. Sur le plan académique, il a dénoncé une dégradation du système d’évaluation universitaire, où les performances réelles sont parfois remplacées par des « résultats fallacieux ».
Toutefois, l’universitaire reconnaît aussi que certaines étudiantes cherchent aussi à instrumentaliser ce système pour obtenir des avantages académiques. D’après le Dr Apollos Derguedbé, cette réalité ne doit cependant pas minimiser la responsabilité première des enseignants. « Les enseignants sont dans une position de pouvoir. Ils devraient être des modèles d’intégrité », a-t-il insisté.
Devant cette situation, le chercheur plaide pour l’introduction de modules obligatoires sur les violences et harcèlements sexuels dans les universités, dès la première année de licence jusqu’au doctorat. Il recommande également des formations spécifiques destinées aux enseignants afin de renforcer l’éthique professionnelle.
Le médecin chercheur appelle enfin à des sanctions graduées mais rigoureuses contre les auteurs reconnus coupables. Elles peuvent aller de l’avertissement à la radiation définitive, selon la gravité des faits. Car, « Tant qu’il y aura impunité, le phénomène continuera », affirme-t-il.
Par ailleurs, le Dr Nebardoum encourage les étudiantes à développer le courage de dénoncer toute tentative de harcèlement et à refuser toute forme de compromission académique.
Toutefois, le futur ouvrage annoncé par le professeur Pierre-Marie Tebeu devrait s’appuyer sur des enquêtes de terrain et des données statistiques destinées à mieux cerner l’ampleur du phénomène dans les universités de la sous-région.
Pour de nombreux observateurs, cette initiative pourrait ouvrir un débat longtemps évité dans les milieux universitaires d’Afrique centrale, où la question des violences sexuelles reste encore entourée de silence et de banalisation.
Par Flore de Jésus & Orland Alain.