Le trafic autour de la délivrance des passeports vient de subir un sérieux coup d’arrêt. Une opération menée par le ministère de l’Intérieur a permis l’interpellation de plusieurs rabatteurs accusés d’alimenter un système parallèle de délivrance accélérée de documents administratifs. Des dizaines de policiers sont désormais dans le viseur des enquêteurs.

Pendant des années, l’obtention d’un passeport à Brazzaville ne se limitait pas aux procédures officielles. Aux abords des services compétents, des intermédiaires proposaient aux demandeurs des raccourcis administratifs moyennant de fortes sommes d’argent.

Selon plusieurs témoignages, les tarifs pouvaient atteindre jusqu’à 250 000 francs CFA pour obtenir un traitement jugé plus rapide. Ce système parallèle  a prospéré grâce à un réseau de complicités présumées au sein même de l’administration.

Déterminé à mettre fin à ces pratiques, le ministre de l’Intérieur, le général Jean Olessongo Ondaye, a lancé une opération discrète mais efficace. Des agents infiltrés se sont fait passer pour de simples demandeurs de passeports afin d’observer les méthodes employées par les démarcheurs.

Après quelques  jours de surveillance, plusieurs rabatteurs ont été interpellés alors qu’ils proposaient leurs services à des usagers. Les arrestations ont rapidement conduit les enquêteurs à explorer une piste plus sensible, celle d’éventuelles complicités internes.

D’après plusieurs sources concordantes, 56 policiers  seraient concernés. Ils ont été réaffectés vers différentes localités du pays dans le cadre des mesures prises après les premières investigations. Des procédures administratives, disciplinaires et judiciaires seraient également en cours. Les auditions se poursuivent afin d’identifier l’ensemble des acteurs impliqués dans ce système présumé de facilitation illégale.

Par  cette opération, le ministère de l’intérieur  entend désormais  restaurer la crédibilité du processus de délivrance des passeports. Son message est clair ;  l’accès à un document officiel ne doit plus dépendre d’un intermédiaire, d’une recommandation ou d’un paiement occulte.

Le gouvernement affiche ainsi sa volonté de mettre un terme aux pratiques qui ont longtemps alimenté la méfiance des citoyens envers certains services administratifs. Par ailleurs, si les premières interpellations constituent une avancée importante, les autorités estiment que le dossier est encore loin d’avoir livré tous ses secrets.

Les investigations se poursuivent et d’autres révélations pourraient émerger dans les prochaines semaines. Une chose est sûre,  la lutte contre les réseaux de corruption liés à la délivrance des passeports est dorénavant entrée dans une nouvelle phase. Cette opération marque  néanmoins un tournant dans la lutte contre les réseaux informels qui gravitent autour des documents administratifs.

Par Den Elga.