Le quartier M’Pila Yoro offre actuellement un spectacle de chaos. Les populations sont en colère, en larmes et dans la désolation totale après la démolition choc de leur quartier.
Le quartier Yoro, situé dans le sixième arrondissement Talangaï à Brazzaville, ressemble désormais à un immense champ de ruines. Des Maisons détruites, des tôles éparpillées, des meubles abandonnés dans les rues et des familles désemparées, tel est le décor apocalyptique observé pendant le déroulement de l’opération de démolition menée par la force publique, le 13 mai 2026 dans la zone.
Cette intervention brutale a provoqué une incompréhension et une profonde émotion parmi les populations du quartier. Selon plusieurs sources, le gouvernement avait annoncé depuis plusieurs mois l’expropriation des habitants du quartier. Il a même demandé aux familles de libérer les lieux après versement des indemnités prévues.

Les engins en pleine action de démolition.
Quelques habitants reconnaissent avoir effectivement perçu des fonds d’expropriation. Par ailleurs, certaines familles affirment n’avoir encore reçu aucune compensation financière au moment de la destruction de leurs habitations. D’autres dénoncent des montants jugés insuffisants au regard de la valeur réelle de leurs biens.
La manière dont l’opération s’est déroulée suscite également une vive indignation. Plusieurs habitants accusent les forces de l’ordre d’avoir procédé à des expulsions musclées. Ils ont laissé très peu de temps aux familles pour récupérer leurs effets personnels.
« Nous sommes déçus. Les forces de l’ordre arrivent manu militari et nous donnent seulement 15 minutes pour sortir nos objets. C’est triste », a déploré un habitant qui a requis l’anonymat.
« Nous avons tout perdu. Des années de sacrifices détruites en quelques minutes », se désole une mère de famille en larmes.
Dans certaines rues, des matelas, armoires, ustensiles de cuisine et documents personnels jonchaient au milieu des gravats, à la merci des pillards.
Toutefois, cette opération intervient à la veille des examens de fin d’année scolaire. De nombreux parents d’élèves s’inquiètent dorénavant des conséquences psychologiques et sociales de cette situation sur leurs enfants.
De même, nombreux se retrouvent sans logement stable à quelques semaines des évaluations scolaires, tandis que plusieurs élèves ont vu leurs cahiers, uniformes et fournitures dispersés ou détruits dans la précipitation. Sur place, le ressentiment contre les autorités devient palpable.
Plusieurs habitants disent se sentir abandonnés et trahis par le pouvoir. Ils estiment ne pas avoir été traités avec dignité dans cette opération d’expropriation.
« Nous avons soutenu le Président Sassou ; nous l’avons voté et aujourd’hui voilà comment on nous remercie », lance un riverain sous le regard impuissant de ses voisins.
Alors que les bulldozers poursuivent leur travail de démolition dans certaines zones, beaucoup s’interrogent sur le devenir des familles sinistrées et sur les mesures d’accompagnement qui seront mises en place par les autorités.
À M’Pila, les décombres racontent désormais l’histoire d’un quartier balayé en quelques heures, laissant derrière lui détresse, colère et incertitude.
Par Victor Tati.