Le président de l’Association des artistes peintres de l’École de peinture de Poto-Poto, Sylvestre Mangouandza, a livré, le 29 juin à Brazzaville,  un message à la fois empreint de fierté, d’inquiétude et d’espoir pour l’avenir de l’art pictural congolais. Il s’est exprimé dans un entretien avec Datsoue News, à l’occasion du vernissage des œuvres du Concours artistique national sur la protection de l’environnement, organisé en marge du 75ᵉ anniversaire de cette institution.

Pour l’artiste,   la préservation de cette prestigieuse école à atteindre 75 ans d’existence constitue une preuve de résilience. « Soixante-quinze ans, c’est l’âge de la maturité. Beaucoup, à cet âge, ne peuvent plus avancer. Mais l’École de peinture de Poto-Poto est toujours debout. Elle continue de vivre grâce à ses artistes qui poursuivent leur travail. C’est un grand succès pour nous », a-t-il déclaré.

 Sylvestre Mangouandza estime que le principal défi est désormais d’assurer la relève. Selon l’artiste, l’avenir de l’école dépend de sa capacité à attirer et former une nouvelle génération d’artistes prêts à consacrer leur vie à la création.

« Nous devons, avec nos partenaires, promouvoir les jeunes qui s’intéressent à la culture. Beaucoup d’anciens sont aujourd’hui dispersés à travers le monde. Il faut préparer ceux qui resteront pour faire vivre cette école », a-t-il expliqué.

L’École de peinture de Poto-Poto, la relève s’annonce déjà. Les créations des jeunes artistes des 15 départements du Congo le montrent bien.

Le président de l’association des artistes peintres de l’école de Poto-Poto  a également rappelé que le métier de peintre exige la passion et la persévérance. « L’art n’est pas un produit que l’on vend chaque jour comme du pain au marché. Avant tout, c’est une manière de s’exprimer. Les ventes viennent lorsque le public s’intéresse au travail de l’artiste », précise -t-il.

 Toutefois Sylvestre Mangouandza regrette que les pouvoirs publics ne s’intéressent à l’École de peinture de Poto-Poto qu’à l’occasion des grandes cérémonies.

« Les responsables viennent lors des anniversaires ou des événements officiels, puis repartent. Pourtant, les artistes ont besoin d’un accompagnement permanent. Nous vivons de nos créations. Si nous ne vendons pas nos tableaux, nous ne mangeons pas », a-t-il affirmé.

Le président de l’association des artistes peintres a également rappelé que les artistes de l’école ne sont ni fonctionnaires ni salariés. Ils assurent leurs charges familiales grâce à la vente de leurs œuvres et souhaitent avant tout maintenir un lien régulier avec le public.

« L’École de peinture de Poto-Poto n’est pas un musée où l’on vient seulement regarder les œuvres. C’est une galerie vivante qui a besoin de visiteurs, d’acheteurs et de partenaires pour faire vivre ses artistes », insiste-t-il.

De même, Sylvestre Mangouandza a salué  l’initiative  de l’UNESCO qu’il considère comme une étape importante dans la détection de nouveaux talents.

Selon l’artiste,  cette agence des Nations Unies a eu la bonne intuition en envoyant des artistes peintres dans les quinze départements du Congo afin de former des jeunes vivant loin des grands centres urbains.* « Les résultats sont là. Les jeunes ont démontré qu’ils possèdent une véritable capacité de création. Ils apportent un regard neuf et une imagination souvent plus fertile que celle des artistes expérimentés », a-t-il indiqué.

Il estime que cette jeunesse représente l’avenir de la peinture congolaise, à condition qu’elle bénéficie d’un accompagnement durable.

Tout en saluant cette initiative, Sylvestre Mangouandza considère que le projet mérite d’être poursuivi. « L’UNESCO a bien commencé, mais c’est comme si le chemin s’était arrêté en cours de route », a-t-il regretté. Ainsi, il plaide pour un suivi qui permet aux jeunes artistes de continuer à se former, à exposer et à vivre de leur art.

 Le président de l’Association des artistes peintres de l’École de peinture de Poto-Poto a en outre lancé un appel à une meilleure valorisation de cette institution, dont les œuvres sont aujourd’hui présentes dans de nombreux musées et collections à travers le monde.

Il  pense également que l’École de peinture de Poto-Poto mérite davantage d’attention, afin que ce patrimoine artistique demeure non seulement un symbole de l’identité culturelle nationale, mais aussi un véritable tremplin pour les générations futures.

Par Flore de Jésus SOMBOKO.