La formule du professeur Didier Ngalebaye frappe par sa simplicité et sa portée. Derrière ces mots se trouve une conception exigeante du soutien. Lorsqu’une personne détient le pouvoir de décider, l’encouragement permanent ne suffit pas. Elle a surtout besoin de regards capables de questionner ses choix.

Pour le Pr Didier Ngalebaye, la critique lucide et constructive constitue l’un des meilleurs moyens d’aider les personnes qui exercent des responsabilités. Cette  réflexion interpelle autant le monde politique que l’entreprise et les relations personnelles.

Dans le domaine politique, cette réflexion prend une dimension particulière. Un responsable entouré uniquement de personnes qui approuvent chacune de ses décisions a de forte chance de perdre progressivement le contact avec la réalité.

Le phénomène est bien connu. Lorsque les contradicteurs disparaissent, les mauvaises décisions sont prises plus facilement.  Les signaux d’alerte sont ignorés et les erreurs  sont découvertes trop tard.

Dans ce contexte, la critique peut jouer le rôle, selon le Pr Ngalebaye, d’un garde-fou. Elle oblige le décideur à entendre des arguments différents, à mesurer les conséquences de ses choix et, parfois, à corriger sa trajectoire. Ainsi, la contradiction n’est pas nécessairement synonyme d’opposition. Elle peut constituer une forme de responsabilité citoyenne et démocratique.

La même logique peut s’appliquer au monde professionnel. Un dirigeant qui ne reçoit que des informations positives peut finir par prendre des décisions sur la base d’une réalité déformée.  Les collaborateurs qui osent signaler un risque, contester une stratégie ou attirer l’attention sur des résultats insuffisants peuvent alors rendre un service essentiel à leur organisation.

« Dire à un directeur général que  les chiffres ne suivent pas  ou qu’une décision présente un risque n’est pas forcément un manque de loyauté. Au contraire, cette franchise peut permettre d’éviter une erreur coûteuse », souligne le Pr. Ngalebaye.

La véritable loyauté ne consiste  pas toujours à approuver, mais à dire non lorsque cela est nécessaire.

Dans la vie personnelle, la critique peut être aussi une forme de soutien, car certaines situations exigent  de courage.  Dire à un proche, ‘’ Je te soutiens, mais je pense que cette décision risque de te faire du mal ‘’, demande une implication beaucoup plus importante. Une critique formulée avec respect peut devenir une preuve d’attachement.

Toutefois, la critique n’est utile que si elle répond à une exigence fondamentale à savoir,  construire plutôt que détruire. Selon le Pr Didier Ngalebaye, une  critique motivée par la rancœur, l’humiliation ou la volonté d’affaiblir quelqu’un ne contribue pas à améliorer une décision. Elle risque au contraire de provoquer le rejet et de fermer définitivement le dialogue.

Accepter la contradiction, une responsabilité du décideur

La responsabilité ne repose cependant pas uniquement sur la personne qui critique. Le responsable qui détient le pouvoir doit également être capable d’entendre la contradiction. Il doit accepter que son statut ne le rende pas infaillible et que certaines des personnes qui lui disent non puissent agir dans son intérêt.

Pour le professeur, l’un des dangers du pouvoir réside dans l’isolement. À mesure qu’une personne accède à des responsabilités importantes, elle peut être entourée de collaborateurs qui hésitent à contester ses décisions. Le décideur finit alors par entendre essentiellement ce qu’il souhaite entendre. Dans ces conditions, la personne doit créer un environnement dans lequel la contradiction est possible  pour une gouvernance saine.

Par ailleurs, recevoir une critique peut être, d’après le Pr Ngalebaye,  inconfortable. « Lorsqu’on est responsable d’une décision, on attend souvent des solutions plutôt que de nouveaux problèmes. Pourtant, certaines critiques peuvent empêcher une erreur majeure. À l’inverse, la personne qui apporte des critiques doit aussi  trouver les mots justes, argumenter et accepter la possibilité que son message soit mal interprété  », a-t-il insisté.

La phrase du professeur Didier Ngalebaye , prononcée lors de son intervention médiatique à l’émission « Poker », sur la chaine Canal fuseaux diffusion,  pose finalement la question sur la culture de la contradiction.

Dans une société comme dans une entreprise, le consensus permanent peut donner une impression de stabilité. Mais il peut aussi masquer les désaccords, les erreurs et les risques. Or, une critique responsable permet de tester les décisions avant qu’elles ne produisent leurs conséquences.

Le véritable soutien ne serait donc pas toujours celui qui applaudit. Il pourrait aussi être celui qui, au bon moment, trouve le courage de dire : « Attention, cette décision mérite d’être réexaminée ».

Par Boniface Moumba