Longtemps confronté à des conditions jugées précaires, le Musée national du Congo entre dans une nouvelle phase de son histoire. Installé sur un site moderne encore en cours d’aménagement, l’établissement veut désormais redevenir une vitrine du patrimoine culturel congolais et africain.

À quelques jours d’une exposition spéciale prévue en marge des assemblées générales annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), le directeur du musée , Marcel Ipari , évoque, dans une interview réalisée avec le média en ligne Datsoue News, les ambitions, les défis et les urgences d’une institution en pleine reconstruction.

Datsoue news : (DN) Monsieur le Directeur, que représente pour vous ce nouveau site pour le Musée national ?

 Marcel Ipari (MI): C’est un immense soulagement pour nous. Pendant des années, nous avons travaillé dans des conditions extrêmement difficiles. Aujourd’hui, nous pouvons enfin dire que le musée entre dans une nouvelle ère. Nous sommes passés d’une situation presque insoutenable à un cadre beaucoup plus adapté à notre mission culturelle et patrimoniale.

 DN : Les nouvelles infrastructures répondent- elles aux normes modernes de conservation et d’exposition ?

 MI : Oui, sur le plan architectural, nous sommes satisfaits. Nous disposons désormais de vastes salles d’exposition permanente et temporaire, avec plusieurs niveaux pouvant accueillir de grandes manifestations culturelles.

Mais le véritable défi reste l’équipement. Il nous faut encore des vitrines, des rayonnages spécialisés, des meubles de conservation et du matériel de protection des œuvres. Les bureaux administratifs sont déjà fonctionnels, mais les espaces destinés aux collections doivent encore être aménagés.

 DN : le public pourra-t-il bientôt découvrir le musée dans son nouveau visage ?

 MI : Nous l’espérons. Une exposition pilote est actuellement en préparation à l’occasion de la venue des chefs d’État et délégations pour les Assemblées générales annuelles de la BAD. Ce  moment sera une étape importante pour  nous de présenter les capacités du nouveau musée et de tester notre organisation.

Les modalités d’ouverture au grand public sont encore à l’étude, mais notre objectif est de faire revivre le musée et le reconnecter avec la population.

DN: Disposez-vous des collections nécessaires pour cette exposition internationale ?

 MI: La direction du  Festival panafricain de musique (FESPAM) nous a apporté un appui déterminant. Nous avons choisi de consacrer cette première exposition aux instruments de musique traditionnelle du Congo et d’Afrique.

Le FESPAM possède une collection remarquable d’instruments africains. Grâce à cette collaboration, nous pouvons proposer une exposition de qualité malgré les difficultés actuelles.

DN : Que faut-il attendre  concrètement de ce nouvel espace ?

 MI: Ce site offre d’énormes possibilités. En plus des expositions, nous allons  créer des activités éducatives et culturelles pour les jeunes.

Nous envisageons également des ateliers de peinture, d’initiation aux savoir-faire traditionnels, d’artisanat ou encore de découverte des pratiques ancestrales congolaises. Le musée doit devenir un véritable centre vivant de transmission culturelle.

 DN : Quel appel adressez-vous aujourd’hui aux autorités ?

 MI: Nous remercions d’abord le Président de la République pour son implication personnelle dans ce projet. Sans cette volonté politique, ce nouveau départ n’aurait pas été possible.

Mais il reste ensuite un chantier immense. Il faut entièrement équiper  le musée et surtout reconstituer les collections nationales. Beaucoup d’objets conservés dans l’ancien site ont été endommagés par le temps et les mauvaises conditions de conservation.

Nous souhaitons enfin lancer une vaste campagne nationale de collecte en vue  de sauvegarder le patrimoine culturel des différents peuples ou ethnies du Congo.

DN: Quels sont présentement les besoins les plus urgents du musée ?

MI : Les besoins sont nombreux. Il nous faut des moyens logistiques, notamment des véhicules adaptés pour effectuer des missions à travers le pays.

Mais l’urgence absolue concerne la formation du personnel. Les anciens spécialistes sont partis à la retraite et les jeunes agents recrutés n’ont pas encore reçu une formation complète en muséologie. Nous devons rapidement établir des partenariats avec d’autres pays africains comme la RDC, l’Angola ou le Gabon afin de renforcer les compétences locales.

 DN : Quelle est votre vision pour les prochaines années ?

 MI : Notre ambition dépasse largement cette première exposition. Nous voulons mettre en place une grande exposition permanente qui représentera les cultures, traditions et patrimoines des différentes ethnies du Congo.

Cela demandera du temps, probablement une année ou plus, pour reconstruire les collections et installer des structures modernes d’exposition. Ce que nous faisons aujourd’hui est un début. Le véritable Musée national du Congo est encore en construction, mais l’espoir est désormais permis.

Propos recueillis par Flore de Jésus SOMBOKO.