Les agents de la recherche scientifique au Congo décrivent une situation sociale et professionnelle qu’ils jugent de plus en plus préoccupante. Des salaires impayés, des carrières bloquées, des retraites incertaines et des laboratoires en crise, sont autant des difficultés évoquées par plusieurs travailleurs du secteur.
Selon leurs témoignages, certains agents n’auraient perçu qu’un seul salaire depuis le début de l’année 2026. Cette situation a plongé de nombreuses familles dans une profonde précarité.
« Des collègues ont été expulsés de leur logement faute de pouvoir payer leur loyer. Ils ont dû retourner vivre chez leurs parents. Il y a même des couples qui se sont séparés en raison des difficultés financières », confie un agent de la recherche.
Les travailleurs dénoncent également des différences de traitement dans le versement des salaires entre les différents instituts au sein d’un même ministère. D’après ces agents, des établissements, comme l’IRSSA et l’INRSIT, parviennent à verser jusqu’à deux mois de salaire lorsqu’ils reçoivent un mandat de paiement. À l’inverse, des instituts, tels que l’IRA, accumule plusieurs mois d’arriérés, ou encore l’IRSEN, ne procéderaient qu’au paiement d’un seul mois.
Ainsi, les travailleurs estiment que cette situation crée de profondes inégalités. Alors que certains agents percevraient presque l’intégralité de leurs rémunérations sur une année, d’autres n’auraient reçu que trois à six mois de salaire.
« Nous ne comprenons pas où va le reste des fonds destinés au paiement des salaires », s’interrogent plusieurs employés.

L’entrée principale de la Cité Scientifique de Brazzaville (Ex ORSTOM).
De même, la situation des contractuels constitue aussi un autre sujet d’inquiétude. Les agents contractuels expriment également leurs préoccupations concernant leurs cotisations sociales. Ils assurent être immatriculés auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), mais les cotisations destinées au financement de leur retraite ne seraient pas effectivement reversées.
Selon leurs explications, les services concernés évoqueraient un retard dans le transfert des fonds par le Trésor public. Cette situation alimente une vive inquiétude parmi les travailleurs, qui redoutent de se retrouver, au terme de leur carrière, sans droits effectifs à une pension de retraite.
Les chercheurs évoquent également l’augmentation des budgets de transfert accordés cette année à plusieurs instituts de recherche, avec une enveloppe supplémentaire de 50 millions de francs CFA. Toutefois, ils affirment que cette hausse n’a eu aucun impact sur leurs rémunérations ni sur leurs conditions de travail.
Les travailleurs dénoncent aussi l’absence d’avancement d’échelon depuis 2001, malgré les dispositions prévues par les accords d’établissement, qui prévoient une progression tous les deux ans. Ainsi, leurs carrières sont restées figées depuis plus de vingt ans. Cette stagnation pénalise durablement leur évolution professionnelle et leur pouvoir d’achat.
Par ailleurs, les chercheurs déplorent l’absence de budgets de fonctionnement pour les laboratoires. Ils expliquent que les responsables de laboratoire sont souvent contraints de rechercher eux-mêmes des solutions pour maintenir leurs activités et de produire des rapports scientifiques en fin d’année. Pour ces agents, cette situation freine considérablement le développement de la recherche scientifique nationale.
Devant ces difficultés, ils appellent les autorités compétentes à engager un dialogue avec les représentants des travailleurs afin d’apporter des réponses concrètes aux revendications portant sur les salaires, les retraites, les carrières et le financement des activités de recherche.
Par DEN ELGA.